Les ressources minérales, leur exploitation

Le domaine sur lequel s'exerce l'activité de l'association « Salicorne » s'étend sur le secteur occidental des Corbières. C'est un massif ancien, on y découvre des fossiles vieux de 600 millions d'années remontant au début de l'ère primaire. La formation de la chaîne des Pyrénées a profondément affecté, au cours des temps géologiques, le relief des Corbières provoquant tantôt des soulèvements tantôt d'importants affaissements si bien qu'au crétacé (il y a environ 140 millions d'années) la mer recouvrait tout le secteur.

Au quaternaire la mer se retire et les contours de nos régions prennent progressivement l'aspect qu'ils ont de nos jours.

Au cours de ces longues périodes, des dépôts se sont accumulés au fond des mers, leur nature variant en fonction du climat, celui-ci déterminant :

  • le régime des fleuves et la profondeur des masses d'eau (océans profonds, ou lagunes superficielles),
  • la végétation,
  • l'importance et la nature de l'érosion.

De ce long passé géologique, résulte la richesse minéralogique des Corbières. Elle a, très tôt, donné lieu à une activité minière. Nous évoquerons ci-dessous les aspects les plus connus.

Le sel

Au cours de l'ère secondaire, il y a 220 millions d'années, dans des lagunes et des mers peu profondes se déposent alternativement des marnes irisées (variété d'argile) et du sel gemme, cet étage géologique porte le nom de Keuper. A Sougraigne, à proximité du domaine de l'Eau Salée, à 730m d’altitude, naît la Sals dite encore La Rivière Salée (l’aigo salado). La salinité des eaux de ce cours d’eau, au débit irrégulier, varie dans le temps elle peut s'élever jusqu’à 60g de sel par litre d'eau soit deux fois plus que l’eau de mer.

Les terrains recouvrant les environs de la source sont constitués de roches calcaires, ils facilitent l’infiltration de l’eau de pluie. En traversant les couches de sel gemme et d’argiles ou marnes rouges du Keuper, elle se charge en chlorure de sodium au contact du sel gemme et elle prend épisodiquement une couleur rougeâtre, même en l’absence de toute précipitation.

De tout temps, les bergers ont conduit leurs troupeaux auprès de cette source dont l'eau leur apportait le sel indispensable à leur métabolisme. Les animaux venaient ici s’abreuver depuis les villages voisins.

Considérant que le sel était un produit de première nécessité, la monarchie a rapidement vu le parti qu'elle pouvait en tirer financièrement. Pour restaurer ses finances mises à mal par la guerre de Cent ans Philippe Le Bel mit en place, en 1340, l'impopulaire gabelle impôt obligatoire sur le sel. Plus tard, avec les progrès du pouvoir royal, toutes les sources salées du royaume furent placées sous surveillance. Il en résulta, au XVIIe siècle, la construction d'un corps de garde à proximité de la source salée. La Révolution ne mit pas un terme à cette surveillance puisque vers les années 1830, profitant d'une augmentation de la salinité des eaux, des contrebandiers furent à l'origine d'un trafic important entraînant le retour des gabelous dans les environs de la source.

Le jais ou jayet

C’est une variété de lignite fossile, combustible, dur et d'aspect compact, d'un beau noir brillant. C’est une pierre semi-précieuse qui se prête au polissage, qui devient noire, brillante, à reflet métallique. Ces qualités l’ont destiné à être travaillé pour la fabrication d’objets divers : accessoires de toilette, ornements de robes, bijoux, parures, chapelets et objets de culte.

Depuis fort longtemps, les environs de Sougraigne, Fourtou et Rennes-les-Bains ont été fouillés pour y retrouver des dépôts de lignite-jayet. On peut au hasard des promenades découvrir des vestiges de ces extractions (des terrils, des trous de fouilles) sur les communes de Fourtou, Sougraigne et Rennes-les-Bains.

Le verre

La faible densité démographique, l'existence de vastes étendues forestières sur des terrains pentus impropres à la culture, la présence de sables ou grès indispensables à la fabrication du verre ont facilité l'installation des maîtres verriers dans les Corbières. Les verreries sylvestres pourraient remonter dans notre secteur au 14ème siècle. En effet un acte de 1321 nous apprend qu'un certain Restaing de Borda verrier de Cams au diocèse de Narbonne achète à Perpignan de la soude (indispensable à la fabrication du verre) on peut à partir de là supposer qu'il exerçait son activité dans son village.

Le verre est le résultat de la fusion d’un mélange de plusieurs composants chimiques :

  • Les vitrifiants : le plus courant est le sable quartzeux
  • Les fondants : dont le rôle principal est d'abaisser la température de fusion du sable ; carbonate de soude ou de potasse.
  • Les stabilisants : la chaux

La soude utilisée en bord de Méditerranée provenait principalement de l’incinération de la salicorne, plante qui colonise les terres salées en bordure des étangs.

On trouvait autrefois quelques pieds de salicorne à proximité de la Sals, c'est la raison pour laquelle notre association se reconnaît sous son nom.

Dans le champ d’action de notre association les sites verriers sont particulièrement nombreux, leur localisation topographique est rendue difficile en raison de la couverture forestière très dense, et d'un sous-bois rendu inaccessible par les épineux.

Fourtou, Arques, Camps-sur-Agly et Sougraigne ont connu du XVIe au XVIIIe siècle une activité verrière. Bien avant la Révolution elles avaient cessé leur activité.

Notre priorité reste, cependant, la protection du four des Salines. Il se trouve dans un état de conservation exceptionnel. Les fouilles archéologiques programmées pour 2010 sont indispensables à sa sauvegarde.

Les Gentilshommes verriers

La question fait débat : fallait-il être noble pour exercer l'art du verrier ou bien la pratique de ce métier rendait-elle noble ? A force de persévérance, les maîtres verriers ont intégré l'ordre privilégié vers le XVIe siècle. Mais, cette  noblesse, pauvre et laborieuse, était peu considérée par la noblesse d'épée et la noblesse de robe qui admettaient mal le partage de ses avantages et connaissaient des conditions d'existence bien plus enviables. Mais les rudes travailleurs des fournaises à verre tenaient beaucoup à leur qualité de noble. Ils avaient le titre d’écuyer du Roi, portaient l’épée et le chapeau brodé. Les maîtres verriers ayant exercé par les Corbières sont dans leur majorité issus de la famille de Robert. M. Robert Dupuis, un de leurs descendants habitant Narbonne, a réalisé un remarquable travail de recherche généalogique à leur propos, il nous a été très utile dans nos recherches.

Seul le roi pouvait autoriser l'établissement d'une verrerie en remettant au verrier les lettres lui concédant ce privilège.

Gros consommateurs de bois, les maîtres verriers furent accusés de ruiner les forêts du royaume, si bien que dès le milieu du XVIIIe siècle ils eurent de plus en plus de mal à obtenir les autorisations d'installer de nouveaux fours sylvestres, parfois même de poursuivre leurs activités. À la même époque, ils furent concurrencés par la production des verreries utilisant du charbon de terre. Leur déclin fut inexorable, certains abandonnèrent leurs titres nobiliaires avant même 1789

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